Votre entreprise ne manque pas de talents. Elle manque de clarté – un article d’Ivan Reusse pour Le Monde Economique

Il y a quelques mois, je rencontre le directeur général d’une PME industrielle de la région lausannoise. Quatre-vingts collaborateurs, un carnet de commandes bien rempli, une équipe qu’il décrit lui-même comme « compétente et engagée ». Et pourtant, il est épuisé. Les décisions traînent. Les réunions se multiplient sans vraiment aboutir. Certains de ses cadres se marchent dessus sur des dossiers que personne n’a clairement attribués. D’autres attendent son feu vert pour des arbitrages qu’ils pourraient — et devraient — trancher eux-mêmes.

Son diagnostic spontané ? « Il faut que je recrute mieux. »

Mon diagnostic, après quelques heures passées dans son organisation ? Le problème n’est pas là.

Le talent ne suffit pas si l’environnement est flou

Voici une réalité que j’observe de plus en plus fréquemment dans les PME romandes : les collaborateurs sont compétents. Souvent très compétents. Mais ils évoluent dans un environnement où personne ne sait exactement qui décide quoi, jusqu’où s’étend sa responsabilité, et à quel moment il faut remonter l’information à la direction.

Ce flou n’est pas le fruit d’une mauvaise volonté. Il est le produit naturel de la croissance. Une entreprise de quinze personnes fonctionne à l’intuition, à la proximité, au bon sens partagé. Quand elle atteint cinquante, puis cent collaborateurs, ces mécanismes informels ne tiennent plus. Les rôles qui n’ont jamais été écrits deviennent des zones grises. Les décisions qui se prenaient autour d’une table de cuisine nécessitent désormais un cadre.

Le problème, c’est que la plupart des dirigeants investissent massivement dans le développement des compétences — formations, coaching, recrutements — sans jamais s’attaquer à la structure dans laquelle ces compétences sont censées s’exercer. On affûte les outils sans clarifier le chantier.

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