IA : le management est mort, vive le management ! – une tribune d’Anne-Laure Pams pour FocusRH

Une machine peut-elle licencier ? Il y a trois ans, la question aurait fait sourire. Elle ne fait plus rire personne. L’intelligence artificielle ne se contente plus d’assister le manager : elle empiète sur son territoire le plus sensible, l’autorité. Meta est accusée d’avoir collecté des données de performance sur ses salariés en vue de préparer des licenciements. Dans une entreprise de la Bay Area, une IA a adressé des avertissements disciplinaires à un collaborateur, avant de recommander son licenciement. Ce ne sont plus des scénarios de prospective, ce sont des faits. Et ils posent une question que peu osent formuler frontalement : le manager sert-il encore à quelque chose ?

La légitimité ébranlée

Le manager tenait son autorité de trois piliers : il savait, il contrôlait, il tranchait. Les trois vacillent en même temps.

Il savait plus que ses équipes, ou était censé le savoir. La posture du « sachant » s’effondre dès qu’un collaborateur accède en un clic à une expertise supérieure à la sienne.

Il contrôlait le travail : reporting, délais, répartition des tâches, mesure de la productivité. Une IA peut désormais automatiser une grande partie de ces tâches, à une échelle et une vitesse inédites.

Il tranchait. Or, les deux exemples ci-dessus montrent que certaines organisations délèguent déjà l’arbitrage disciplinaire à un algorithme.

Soyons lucides : si le management se résume à cela, il n’a plus de raison d’être. Et la tentation des économies de court terme est réelle : remplacer un encadrement coûteux par un système disponible en continu est une équation qui se pose déjà dans certains comités de direction.

Le leadership, seule vraie valeur ajoutée

Reste ce que l’IA ne sait pas faire : donner une direction, engager une équipe autour d’un sens partagé, créer de la confiance, arbitrer dans l’incertain et, surtout, porter la responsabilité des décisions prises. Ce socle-là ne se délègue pas à une machine.

Il n’a jamais été aussi rare, donc jamais aussi précieux.

Les exemples récents d’erreurs produites ou amplifiées par l’IA montrent précisément les limites d’une délégation sans supervision humaine.

Dans le cas de l’entreprise californienne, le système n’avait pas correctement appliqué une règle qu’il avait lui-même contribué à formaliser.

En Nouvelle-Zélande, un rapport signé Deloitte se serait appuyé sur des données obsolètes, avec une erreur potentielle chiffrée à 21,5 millions de dollars. Deux échecs qui ne disent pas « l’IA est incompétente », mais « l’IA sans supervision humaine peut devenir dangereuse ».

Une analyse peut être sophistiquée, chiffrée, séduisante dans sa forme et fausse sur le fond. Vérifier les données sources, questionner les hypothèses, challenger les conclusions : ce travail-là, aucune machine ne peut se le déléguer à elle-même.

Ce qui semblait fragiliser le manager le légitime en réalité davantage : sans regard critique humain, l’IA amplifie ses erreurs au lieu de les corriger.

Le manager de demain ressemble moins à un petit chef qu’à un pilote de ligne : si la machine assure l’essentiel du vol, il reprend les commandes à la moindre turbulence. L’automatisation ne supprime pas son rôle, elle déplace son expertise de l’exécution vers le jugement et la responsabilité.

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