La contre-offre, l’échec de la fidélisation – une tribune de Grégoire Beaurain pour FocusRH

La contre-offre est devenue le cauchemar des recruteurs. Elle met brutalement fin à des semaines de recherche, d’échanges et de négociations, parfois à quelques jours seulement de l’arrivée du candidat dans sa nouvelle entreprise. Cette situation déstabilise l’entreprise qui recrute, fragilise le travail des cabinets de chasse de têtes, brouille l’image du candidat qui vient d’opérer cette volte-face. Même pour l’organisation qui a retenu son collaborateur, la contre-offre n’est pas une victoire : elle est le révélateur d’une fidélisation des talents défaillante.

Une pratique courante… et toxique

Depuis quelques années, les contre-offres se multiplient. Dans les métiers en tension, selon certaines estimations, plus de 40 % des candidats démissionnaires font aujourd’hui l’objet d’une tentative de rétention. Les retours des cabinets de chasse de têtes évoquent entre un tiers et la moitié des candidats acceptant cette proposition, avec des proportions parfois encore plus élevées sur les profils les plus recherchés.

À première vue, tout le monde y trouve son compte : le collaborateur obtient une augmentation, l’entreprise évite un départ et, dans l’autre organisation, le poste finira bien par être pourvu.

En réalité, la contre-offre constitue souvent un jeu perdant pour toutes les parties.

Elle produit d’abord des effets pervers pour le candidat lui-même, fragilisant son image professionnelle, nuisant à la confiance nouée avec l’entreprise qu’il devait rejoindre, celle où il décide finalement de rester et le cabinet qui l’a accompagné, suscitant des interrogations sur la solidité de son engagement et sa constance.

Pour l’entreprise qui recrute, c’est un véritable coup d’arrêt. Les équipes RH, les managers et les cabinets de recrutement doivent reprendre le processus depuis le début.

Enfin, au sein même de l’organisation qui retient son collaborateur, s’installe l’idée qu’il suffit d’annoncer son départ pour obtenir une augmentation.

Une réponse d’urgence qui ne traite pas le problème de fond

Pourquoi les employeurs consentent-ils soudainement des efforts qu’ils refusaient quelques mois auparavant ? Parce qu’un départ coûte cher. Il faut recruter un remplaçant, absorber une surcharge temporaire de travail, préserver les compétences clés, limiter les effets sur les équipes. Sous la pression, les entreprises réagissent à très court terme, bien loin de la réflexion stratégique attendue.

Mais la hausse de rémunération parfois significative, comme les mesures cosmétiques qui l’accompagnent (un nouveau titre, un périmètre élargi, quelques promesses d’évolution…), traitent le symptôme sans s’attaquer à la racine du problème.

Car le premier motif d’un départ n’est pas toujours salarial. Les collaborateurs quittent souvent une entreprise en raison d’un manque de reconnaissance, d’une relation managériale insatisfaisante, d’une charge de travail excessive, d’un déficit de feedback et de perspectives d’évolution, d’une perte de sens.

La contre-offre n’est pas une mesure de développement des talents. C’est une mesure de rétention à court terme, dictée par la peur. Une rustine : les problèmes qui ont conduit le collaborateur à chercher une nouvelle opportunité, simplement mis entre parenthèses, risquent fort de réapparaître voire de s’accroître. Beaucoup de salariés ayant accepté une contre-offre finissent d’ailleurs par quitter leur entreprise quelques mois plus tard.

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