Ghosting: et si on arrêtait de se raconter des histoires? – une tribune de Romain Buob pour Bilan

Candidats, recruteurs, clients: tout le monde a déjà été le fantôme de quelqu’un. Mais un message sans réponse n’est pas toujours du mépris: face au silence, il faut faire preuve de tolérance et d’autocritique. Et ne pas hésiter à relancer.

Le silence radio: ce vide abyssal qui suit un entretien d’embauche ou un café pour réseauter. Aujourd’hui, on appelle ça du «ghosting». C’est devenu le bouc émissaire de toutes nos frustrations numériques. Pourtant, entre la vraie rupture volontaire et les simples aléas organisationnels, la question mérite une réflexion objective et plus nuancée.

La fin du procès à sens unique


On tape souvent sur les recruteurs, particulièrement en Suisse romande où le «sans réponse» est presque perçu comme une tradition. On se sent méprisé, ignoré, balayé d’un clic.
Mais soyons honnêtes, le miroir a deux faces. En tant que chasseur de têtes, je vois passer des cadres qui se volatilisent après avoir mis toute leur âme pour m’expliquer que le poste était fait pour eux. Je vois aussi des clients qui s’évaporent après un appel d’offres. Le ghosting serait donc intrinsèque à la condition humaine. La bonne nouvelle, c’est qu’on a tous été, au moins une fois, le bourreau ou la victime. Cette double expérience doit donc nous servir à mieux cerner le phénomène et ne pas tout mettre dans le même panier.


C’est vraiment du ghosting?


Tous les silences ne sont pas des disparitions honteuses d’interlocuteurs qui manquent de courage ou de courtoisie. On pourrait donc déjà séparer le tout en deux grandes catégories:
Le vrai ghosting: je coupe les ponts exprès pour éviter la confrontation. C’est moche…
Le faux ghosting: Un enfant malade, 200 mails en retard, une décision qui traîne en interne. C’est la vie.

l y a donc des circonstances atténuantes du côté du «ghosteur». Puis, il y a aussi la sollicitation initiale qui est restée sans réponse. Et ici, il convient de faire preuve d’autocritique, avec beaucoup de détachement. Peut-être que le message était malvenu, inadapté ou totalement impersonnel. Utiliser le mot «ghosting» pour chaque message resté en suspens sur LinkedIn, c’est un peu excessif. Si vous arrosez la Terre entière de messages copiés-collés, vous pouvez vous attendre à récolter du silence. Ce n’est pas du mépris, c’est de la survie digitale.

Mon conseil (peu populaire): Relancez!

On a souvent peur de passer pour un harceleur. Je pense que c’est une erreur. Dans une économie de l’attention saturée, votre message peut simplement avoir coulé sous la pile. Relancez une fois, deux fois, trois fois. Avec politesse, mais avec clarté. Si on ne vous répond pas, c’est peut-être juste que la journée a dérapé. D’ailleurs, je le dis souvent: relancez-moi sans hésitation. Evidemment, une bonne dose d’intelligence sociale est nécessaire pour savoir doser tout cela, convenablement.

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