Un procès fictif pour ouvrir les yeux – un article d’Ivan Reusse, Directeur de l’activité Leadership Advisory chez Grant Alexander Suisse, pour Le Monde Économique

Récemment, la rédaction du Monde Économique et SwissVR, l’association des membres de conseils d’administration en Suisse, ont eu l’audace de mettre la gouvernance au banc des accusés, dans les locaux de la Vaudoise Assurances à Lausanne, qui accueillait l’événement. Le dispositif était simple et redoutablement efficace : une procureure, un conseil d’administration dans le box des accusés, un avocat bien connu de la place lausannoise pour le défendre, un juge pour arbitrer et le public dans le rôle du jury. Il faut saluer la qualité de cette soirée, qui a su transformer un sujet réputé austère en un débat vivant, parfois drôle, et surtout lucide car derrière la mise en scène, chacun des dirigeants présents dans la salle a reconnu des situations bien réelles.

Des griefs bien connus

Sans reprendre un à un les chefs d’accusation portés par la procureure dans un réquisitoire volontiers lyrique, retenons ceux que l’on voit le plus souvent transparaître dans nos conseils d’administration. D’abord, le manque de structure. Trop de conseils fonctionnent sans règlement clair, sans comités spécialisés, sans évaluation de leur propre action. Ensuite, le déficit de professionnalisme. Siéger dans un conseil reste encore trop souvent un honneur plutôt qu’un métier exigeant, qui demande préparation, formation et temps.

Autre grief : la cooptation. On choisit ceux que l’on connaît, qui pensent comme nous et qui ne dérangeront pas. Ce copinage produit des conseils homogènes, où l’on vote d’un seul bloc pour faire corps, au détriment du débat contradictoire. L’unanimité rassure, mais elle masque souvent l’absence de véritable réflexion.

La disponibilité pose aussi question. Cumuler les mandats, c’est réduire le temps consacré à chacun. Enfin, le rapport au risque est souvent faussé : certains conseils en prennent sans les mesurer, d’autres n’en prennent aucun. Le pire reste l’incapacité à trancher, qui laisse l’entreprise sans cap.

La jeunesse d’esprit, nouvelle compétence clé

La soirée a mis en lumière un enjeu moins visible mais décisif : la jeunesse. Pas celle de l’état civil, mais celle de l’esprit. Un administrateur doit aujourd’hui savoir s’adapter, comprendre les nouvelles technologies et saisir les enjeux émergents, de l’intelligence artificielle à la cybersécurité en passant par la durabilité.

Nous évoluons dans un environnement VUCA : volatil, incertain, complexe et ambigu. Les conseils naviguent désormais entre zones de danger, zones d’effort et zones d’incertitude. Dans ce contexte, les certitudes d’hier deviennent des fragilités. Cette agilité exige de l’humilité. Faire appel à des experts extérieurs quand les compétences manquent n’est pas un aveu de faiblesse. Savoir dire non, savoir dire oui, analyser avec rigueur et se remettre en question : ces qualités étaient rarement mises sur la table. Elles deviennent incontournables.

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