Directive sur la transparence salariale : transformer la contrainte en opportunité de performance – une tribune de Grégoire Beaurain, Directeur International & Directeur Associé Practice Finance chez Grant Alexander pour FocusRH
27.11.2025
Revendiquer un alignement salarial ou demander une justification précise d’un écart reste aujourd’hui relativement rare, tant le secret entourant les rémunérations demeure fort. Bientôt, pourtant, tout collaborateur pourra demander à son employeur les niveaux de rémunération moyens pour une catégorie de salariés exerçant le même type de responsabilités.
La France doit en effet transposer la directive européenne sur la transparence salariale, adoptée en avril 2023, d’ici à juin prochain. Avec ce texte, les directions RH devront composer avec une nouvelle réalité : les collaborateurs pourront désormais comparer les situations et demander des explications détaillées. Il est donc urgent d’en saisir toutes les implications.
Une charge administrative supplémentaire
Nombre d’organisations n’ont pas mesuré l’ampleur du changement… C’est le cas, en particulier, de beaucoup de PME et ETI, alors même que plusieurs mesures s’appliqueront sans considération de la taille de l’effectif. Alors, à quoi se préparer ?
Très prochainement, les employeurs devront produire des indicateurs RH clairs et précis : référentiels de postes complets, grilles salariales, méthodologie de comparaison, critères objectifs utilisés lors des processus de recrutement, d’avancement et de progression salariale… Ils devront aussi être en capacité de les publier et de les justifier. Les salariés auront la possibilité d’obtenir chaque année les niveaux moyens de salaire, par sexe, par catégorie et par fonction, pour un travail de valeur égale. L’employeur aura deux mois pour répondre à toute sollicitation sur le sujet.
En réalité, le texte implique une véritable structuration de la politique de rémunération avec des critères objectifs : l’ancienneté, la maîtrise des compétences, les niveaux de performance, les salaires pratiqués sur le marché.
Collecter et ordonner ces données, documenter et justifier toutes les pratiques RH, bâtir une architecture salariale cohérente : pour de nombreuses structures, l’ampleur du travail à accomplir s’avère tout simplement considérable !
Comment le texte change la donne
Le texte aura bien d’autres impacts sur la vie de l’entreprise. Ainsi en sera-t-il des processus de recrutement, puisqu’avant tout entretien de sélection, chaque candidat devra être informé de la rémunération ou de la fourchette de rémunération du poste proposé.
Les managers devront être formés à ces changements réglementaires et accompagnés. Car désormais, chaque augmentation, chaque prime, chaque écart devra être documenté, traçable et explicable. La négociation individuelle menée à l’occasion des entretiens d’évaluation verra ses équilibres modifiés.
Le dialogue social lui-même évoluera puisque les représentants du personnel disposeront d’informations plus précises.